Montesquieu, Lettres Persanes


Publié le mardi 25 septembre 2018


Charles-Louis de Secondat, dit Montesquieu (1689-1755):

Lettres Persanes (Lettre XXXVIII, Rica a Ibben) Éditions Gallimard, 1949, Volume 1, page 186.

 

C’est une autre question de savoir si la Loi naturelle soumet les femmes aux hommes.  « Non me disait l’autre jour un philosophe très galant : la Nature n’a jamais dicté une telle loi.  L’empire que nous avons sur elles est une véritable tyrannie ; elles ne nous l’ont laissé prendre que parce qu’elles ont plus de douceur que nous, et par conséquent plus d’humanité et de raison.  Ces avantages qui devraient sans doute leur donner la supériorité, si nous avions été raisonnables, la leur ont fait perdre, parce que nous ne le sommes point.  Or, s’il est vrai que nous n’ayons sur les femmes qu’un pouvoir tyrannique, il ne l’est pas moins qu’elles ont sur nous un empire naturel, celui de la beauté, à qui rien ne résiste.  Le nôtre n’est pas de tous les pays; mais celui de la beauté est universel.  Pourquoi aurions-nous donc un privilège ?  Est-ce parce que nous sommes les plus forts ?  Mais, c’est une véritable injustice.  Nous employons toutes sortes de moyens pour abattre leur courage; les forces seraient égales, si l’éducation l’était aussi.  Éprouvons-les dans les talents que l’éducation n’a point affaiblis, et nous verrons si nous sommes si forts. »